“Tristan, dit la reine, les gens de mer n’assurent-ils pas que ce château de Tintagel est enchanté et que, par sortilège, deux fois l’an, en hiver et en été, il se perd et disparaît aux yeux ? Il s’est perdu maintenant. N’est-ce pas ici le verger merveilleux dont parlent les lais de harpe : une muraille d’air l’enclôt de toutes parts ; des arbres fleuris, un sol embaumé ; le héros y vit sans vieillir entre les bras de son amie et nulle force ennemie ne peut briser la muraille d’air ?”
Déjà, sur les tours de Tintagel, retentissent les trompes des guetteurs qui annoncent l’aube.
“Non, dit Tristan, la muraille d’air est déjà brisée, et ce n’est point ici le verger merveilleux. Mais un jour, amie, nous irons ensemble au Pays Fortuné dont nul ne retourne. Là s’élève un château de marbre blanc ; à chacune de ses mille fenêtres brille un cierge allumé ; à chacune, un jongleur joue et chante une mélodie sans fin ; le soleil n’y brille pas, et pourtant nul ne regrette sa lumière ; c’est l’heureux pays des vivants.”
Mais, au sommet des tours de Tintagel, l’aube éclaire les grands blocs alternés de sinople et d’azur.
[ Tristan et Yseult, reconstruction par Joseph Bédier à partir d'un corpus de textes de divers auteurs médiévaux. ]
Le Verger merveilleux
19 septembre 2008 par Eve claire










