Et le rituel se fait Oeuvre.
Lorsqu’il est ainsi pensé le processus entier devient ludique. D’abord, le sujet s’impose ; la vie, le contexte, l’état d’esprit font qu’on choisit de s’y appesantir, d’y consacrer un peu de son temps, un peu de ses pensées ; on sélectionne son support, ses matières premières, on voit se dessiner une charpente, plus ou moins naturellement. Il faut ensuite planter le décor. Choisir avec une application plus ou moins grande ses outils, si l’on va ou non utiliser des techniques ancestrales, codifiées, innovantes. Puis on laisse libre cours à sa créativité, on brode, on ajoute des fioritures, ou au contraire on épure les formes jusqu’au schématique, selon l’humeur et l’inclination personnelle, selon les besoins que le sujet a éveillés en soi.
Tous les moyens sont bons : chanter, rire, parler, déclamer ; se balancer, danser ; jouer d’un ou plusieurs instruments, rythmer par la flûte ou le tambour ; esquisser, dessiner, peindre, symboliser, visualiser, photographier ; habiller ses rêves de mille couleurs tons sur tons, ou contrastées ; pétrir, modeler, sculpter ; écrire, versifier ; jouer, théâtraliser, incarner des archétypes ; tous les sens sollicités, l’esprit stimulé, se laisser porter, enfin, comme sur une grande vague, élever le pouvoir créateur, guérisseur, infiniment positif, le seul qui vaille la peine d’être invoqué, et le diriger un temps, au creux des mondes, au coeur d’un motif dessiné par la convergence des niveaux de conscience. A la fois nulle part… et partout.
On a tendance à ranger le concept d’art total sous la dénomination d’ “utopie” de nos jours.
Cela tombe bien. J’avais décidé il y a une semaine de cesser de dire “je trace mon Cercle”, pour dire en lieu et place “je trace mon Utopie”.
“Utopia“, en grec, signifie “nulle part”. La confusion reste cependant possible avec le terme “eutopia“, du grec également, qui signifie “le lieu où tout est bien”.
Ces deux réflexions, dont j’ai un peu discutées avec Chéri, mais que j’ai surtout explorées moi-même pendant assez longtemps pour m’y plaire, sont nées à plusieurs jours d’intervalles et semblaient mener des vies à part. Mais aujourd’hui elles se sont rejointes et me semblent tout naturellement se fondre l’une dans l’autre.
J’ai tracé une Utopie aujourd’hui, vers midi. La première depuis bien longtemps. Ca m’a fait un bien fou, et le mieux, c’est d’avoir pu répondre à Chéri, qui demandait si mon entreprise concordait bien avec la phase de la Lune, que “en fait, on s’en fout pas mal”. J’ai opéré seule, dans un ovale de pierres, munie de mon tambour. Je n’ai rien respecté des prescriptions habituelles et j’ai médité pendant longtemps.
J’ai renoué avec mon fidèle allié à la médecine puissante, mon cher tambour, que j’ai commencé par caresser. Rugueux par endroits, lisse à d’autres, rond et coloré comme une lune, il m’a montré comment mieux maîtriser l’allure. Mon Cheval de Chaman a souligné pour moi certains des points qui produisent des sons différents, mieux adaptés à certains types de voyages, à certains objectifs. Ce furent de précieux moments, qui présagent d’une complicité toujours plus grande entre nous.
Dans la lancée, cet après-midi, j’ai fabriqué une baguette en bois de bouleau. Je suis contente d’avoir pu faire travailler mes mains. M’être coloré les paumes en teintes de terre sombre à force de manipulations m’a rempli d’une joie féroce et incontrôlée.
Je me sens tellement libre ! Je ne demande rien de plus pour trouver la vie belle…










