Il y eut, une fois, un grand froid jeté sur un pays lointain, comme on jette une lourde cape de brocard d’un geste négligeant après un soir où la fatigue réclame ses droits, bien que l’on répugne à abandonner déjà les griseries des riches heures de la fête dans un sommeil salutaire.
Il était venu comme une vague, le froid, comme une lame de fond, un mois tout juste avant les premières moissons. Le gel avait mordu dans les épis, les baies, les fruits. Avait étreint les plantes ornementales comme les plantes sauvages, les récoltes à venir comme les amas de ronces dans les forêts-frontières, sans faire de distinction.
En cheminant vers l’ancien Nemeton, au Nord du palais, le froid allait en s’intensifiant considérablement. Plusieurs caravanes de marchands qui devaient emprunter la grand route menant au trône furent perdues, hommes, animaux et denrées rares pétrifiés par le froid intense qui régnait-là, en maître inexorable.
Soupçonnant quelque maléfice ou l’ingérence d’un être de l’autre monde sur les terres de la couronne, le roi dépêcha vers l’Ancien Nemeton, en prenant la grand route au Nord du palais, un homme à la mise discrète, chargé d’observer les lieux, de déterminer la source de la déferlante de glace et de gel, et de faire son rapport.
Et l’homme ne revint pas.
Le roi fit ensuite préparer un contingent de dix hommes vêtus de royales livrées, argent sur noir, brodés d’emblèmes du pouvoir en place entre tous reconnaissables, chargés d’aller à la rencontre de ce qui se trouvait-là, dans l’Ancien Nemeton, par la route du Nord, et de revenir faire leur rapport.
Jamais les hommes ne revinrent.
Ulcéré au-delà de toute mesure, le roi dépêcha vers l’Ancien Nemeton, par la grand route du Nord, un régiment entier de fiers guerriers armés jusqu’aux dents.
Et les fiers guerriers armés ne revinrent pas.
Le roi prit alors congé de sa belle et sage épouse ; il prit également son escorte, ses chiens, son jeune écuyer et les plus fines lames de sa garde personnelle, jeta sur ses larges épaules sa plus belle fourrure, ceignit son cou de talismans et de runes protectrices, et partit à cheval sur la grand route du Nord. Le bruit des sabots ferrés martelant les pavés alla en s’amenuisant, et la reine, dans la haute tour, se détourna de la fenêtre. Et son poing blanc se serra sur le pan de sa jupe de soie brune, que faisait miroiter le feu de cheminée.
Seul revint, trois jours et trois nuits plus tard, le jeune écuyer, à demi fou, hagard, le regard fuyant. Ses yeux, bruns avant son départ du palais, étaient désormais bleus, et étrangement vides ; et des crins blancs parsemaient sa chevelure .
La reine demeura digne, assise tout au fond du petit trône, à côté du grand trône vacant.Son premier réflexe fut de mander ses parents, et une Jeteuse de Sorts afin de lui faire examiner le garçon.
Il tournait et virait comme une toupie, l’enfant. Pour lui pas de sommeil, pas de longs et amples voyages sur la mer embaumée des rêves. Il marchait sans but sous les grandes arches de pierre de la salle du trône, ne répondant ni aux questions, ni aux regards.










