Le vent soufflait sur le sein de la terre, et s’étendait le ciel assombri, appesanti, sur ses courbes endormies. Un très beau soir d’automne s’élançait, par-delà les monts, par-delà les mots, enjambait les collines et se rapprochait, intensément, de notre groupe.
Il nous semblait sentir sur nous des regards, le fond de l’air se faisait plus frais, d’une fraîcheur mordante, comme un chaton qui joue sans trop encore connaître la force de sa denture.
Le feu crépitait au milieu, conjurant les ténèbres. L’odeur fruitée du bois de pommier qui craque, la danse des étincelles. Nous nous sommes rapprochés, formant un groupe soudé, comme des oiseaux sur une branche, faisant gonfler nos plumes, alignés autour de l’aura de chaleur qui pulsait comme le coeur de la terre et nous appelait.
Le lieu de la communauté, le lien, le liant. L’huile de lin répandue, jaune, ombrée, dans les coeurs, les attachant au lieu, fixant en eux la couleur d’un bonheur rassurant et tenace. Les mains se nouent et se dénouent, se tendent et se retirent, le feu s’en approche lorsqu’il est sollicité, avec complaisance.
Un achèvement et une naissance à la fois. Jamais nous n’avons aussi bien ressenti la mort des vieilles cellules en nos corps, la création de nouvelles. La présence physique de chacun, affirmée, revendiquée, et savourée, dans ses forces et ses faiblesses. La longue lignée des ancêtres et des descendants, ceux qui comme nous, penchés vers la chaleur, se serraient et se serreront sous l’égide de la lune montante, dans la communauté, pour se raconter des histoires et faire jouer les ombres dansantes sur le sol. La trace d’une main dans un sous-bois, éphémère. Le contour d’une main sur la paroi d’une grotte, illusoirement pérenne. Quelle autre trace laisseront les suivants ?
L’union sacrée, la parfaite Utopie, est consommée.
C’est l’instant primordial. La joie en spirale naît au creux du ventre et se diffuse jusqu’à ce que, dans l’extase de la saturation, l’aura s’adapte dans des saccades et des soubresauts qui font naître un rire communicatif.
L’univers et les Dieux-Symboles ont le sens de l’humour.










