J’ai plus ou moins cessé de m’occuper des mythes de personnification des Dieux dans des êtres humains et des allégories quand j’ai vraiment eu l’occasion de mettre les mains dans de la bonne terre noire et d’aller hanter les forêts près de chez moi tous les deux ou trois jours.
Maintenant, je regarde la terre, et je fais de mon mieux pour la ressentir. Ca fait maintenant une année pleine que je fais cela, et voici mes premières observations :
Solstice d’Hiver : L’an dernier, il y avait un manteau de neige sur la forêt. Elle semble ronronner, paisible, sereine. Le froid recouvre tout, mordant, douloureux et pénible. Et pourtant… La vie rayonne toujours sous la terre. Tout tourne au ralenti. Et le gel mord les graines, les glands tombés à terre en automne, opération nécessaire pour qu’ils puissent, au printemps venu, germer. Sans cette morsure, cette étreinte de froid, ils resteraient inféconds. Il y a quelque chose de bien pensé dans cette rigueur, cett inexorabilité de la saison froide. En la cotoyant, j’en sens toute l’utilité.
Et je suis bien contente de vivre dans un lieu qui me fait expérimenter une alternance de saisons. Je pense à tous les lieux qui ne connaissent que deux saisons : celle des pluies et celle de la sécheresse par exemple. C’est ça, mon paganisme. Etre en lien avec ma terre, mon sol, mon air. Vivre les rythmes de la terre, manger les fruits qui ont puisé sa substance pour construire leur propre matière ; construire la propre matière de mon corps, de mes cellules, avec ces fruits. Devenir ma terre.
Imbolg : Les premières fleurs percent le manteau de neige, petit à petit, la forêt se réveille ! Les graines semées à l’Equinoxe d’automne germent, petites pousses fragiles mais audacieuses, téméraires, même. Certaines mourront vite, toutes ne peuvent pas prendre racine et faire leur place dans la forêt.
Ostara : Les oiseaux nous réveillent le matin, très tôt. Ceux qui habitent dans le bouleau en face de la fenêtre sont trèèèès bruyants. Ils nous réveillent à 4h du matin…
La forêt explose de vie. Des animaux déboulent un peu partout, tout semble mû par un élan, monté sur ressort.
Beltaine : La forêt est dense, touffue, d’une semaine à l’autre elle devient plus ample. Elle gagne du terrain sur celui conquis l’année précédente, tous les arbustes gagnent des centimètres, toutes les branches s’ornent d’extrémités vert tendre, toutes neuves. Il y a quelque chose de conquérant dans l’énergie de la végétation. C’est un assaut. Il commence à y avoir des fleurs partout. Des couleurs séductrices apparaissent un peu partout, et les abeilles qui vivent dans les ruches posées en lisière de forêt ne savent plus ou butiner tellement il y a de choix, de parfums, de stratégies de séduction élaborées spécialement pour elles.
Litha : Le Soleil tape fort ! On sent dans la forêt une sorte de langueur majestueuse, un sentiment de luxe, presque, quelque chose de capiteux et d’écrasant. Une énergie horizontale et très ample flotte et irradie entre les troncs.
Lughnasadh : Le champ à côté de la forêt a été moissonné. De la paille le jonche encore. Nous marchons à travers cette étendue qui ressemble à un champ de bataille. La forêt semble pencher sous le poids des branches qui commencent à donner fruit.
Equinoxe d’automne : le jour exact de l’Equinoxe, il y a des mûres et des baies partout. Nous sommes passés une semaine avant pour en cueillir, et rien n’était encore vraiment récoltable. L’Equinoxe, c’est LE jour. Le Soleil tape encore pas mal. Nous nous frottons aux ronces pour ramasser les mûres, et une fois rentrée, j’en fais de la bonne confiture, qui ne durera pas longtemps car il y a des amateurs ![]()
Samhain : la vie descend sous terre, progressivement. On entendrait presque les arbres ronfler. Dimanche dernier, il y avait encore une présence dans certains arbres et arbustes, mais on sent vraiment un engourdissement, comme si tout s’endormait. La grande, très grande majorité des grands arbres, chênes, hêtres, charmes, bouleaux, donnent l’impression que leur essence est toute entière descendue sous la terre. Sous les pieds, ça vibre, ça frémit. J’aimerais bien savoir de quoi sont faits les amples rêves des arbres qui hibernent…
Je cherchais un houx, et je ne pensais pas en trouver dans cette forêt. On m’avait assuré à plusieurs reprises qu’il n’y en avait pas. Et bien, en suivant mes pieds jusqu’à une marée de ronces, j’en ai trouvé un… en plein milieu
Son essence à lui est bien présente dans les parties aériennes. Et à dix mètres de là, je vous le donne en mille… deux petits sapins qui m’arrivent à la taille, que je ne pensais à priori pas non plus trouver là ^^’ J’ai trouvé des arbres à honorer et décorer bio-dégradablement – sur place, dans leur forêt – pour le Yule ^^’
Les arbres ont presque tous perdu leurs feuilles. Certains ont même déjà des petits bourgeons, qui attendent le froid de l’hiver, puis le renouveau du printemps pour s’ouvrir.










